23.11.2009
Poème 33
Prends soin du doute, ce précieux partenaire. Jouant de tes triturations, il remet en cause tes certitudes les plus crochées, et fédéralise tes sensations en donnant à penser. Perturbant la convenance, il te place nez à nez avec la puissance des scissions biologiques croisées au-delà du jour.
Puis, allant jusqu’à modifier l’origine et l’intégrité même du sourire, tu surprends dans une clairvoyance passagère les subterfuges qu’il tend pour ouvrir ton cœur vers un risque à prendre ou à éviter. A défaut souvent pris en grippe, habile frère de la liberté, il te contraint simplement à assumer le fait d’être au monde.
Tu n’as pas le choix : il offre les rares sentiers maîtrisables de l’accomplissement.
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19.11.2009
Poème 32
Il n’y a guère plus beau que la tristesse du paysan. Lui, l’homme de roc avec ses mains de terre. Nous conversions de la coupe du regain et de la génisse qui venait de mettre bat. Du départ des hirondelles sous l’auvent du silo et de la générosité du lard qu’il tranchait avec son cœur. La bouche pleine de pain, il divergeait sur la cueillette des cerises, la saison rêche et le cidre dont il avait récemment mis en sac les fruits trois jours durant.
Il me resservit un verre de damassine, précisant qu’il provenait de la dernière bouteille qu’a scellé son père décédé la veille. La vie a toujours raison, soupira-t-il.
J’en suis reparti les yeux mouillés comme à la naissance.
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17.11.2009
Poème 31
Je ne comprends pas pourquoi tu tances l’équarrisseur de la sorte. La pierre qu’il travaille ne te concerne que partiellement et son outillage ne t’appartient pas. Rarement satisfait de son ouvrage, il préfère les conglomérats massifs aux calcaires friables et perd quantités de minutes à scruter la matière pour épouser l’angle d’un geste abouti.
Inspire t’en, efforce-toi de limer le bord des choses qui ne te quitteront pas.
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16.11.2009
Poème 30
Il n’y a pas d’objet plus poétique qu’un mur. La dichotomie physique qu’il impose définit les fragments d’un idéal dont semble s’en plaindre un certain nombre de propriétés que tu malmènes dans le promenoir de tes jardins intimes. Tu réalises en voulant les abattre que les murs se composent davantage de mots que de briques, qu’ils marchent dans ta tête au lieu de s’y effriter.
A califourchon sur son sommet, un murmure suscite ton attention : La liberté est un voyage mental en continuelle reformulation offrant des conduits vers de louables et antinomiques conceptions amoureuses.
Stupéfait, tu questionnes alors le côté d’où provient ce son…
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12.11.2009
Poème 29
Le parieur avait lancé les dés. Les regardant rouler, il imaginait constamment un élément d’une nouvelle puissance pour influer sur le choix du hasard. A sa souvenance, aucun procédé de la sorte n’avait fait sortir les chiffres les plus évidents, et peu à peu des définitions jusqu’alors sommaires se compliquèrent radicalement. N’importe, il s’astreignait pendant des nuits à cette activité, arpentant les rues à l’affût d’illusions laissant entrevoir un signe quelconque de bouillonnement ou une intéressante combinaison de nombres.
Toutes les équations, dont il avait mémorisé les propriétés les plus subtiles, furent rapidement connues de lui. Convaincu que la solution résultait d’un équilibre précis de chiffres, d’un pur calcul intégral, ses compétences interdisciplinaires s’accrûrent jusqu’à en devenir troublantes. Bientôt les mathématiciens les plus fameux, qui décrièrent la faiblesse de sa formation universitaire et son manque de professionnalisme, le portèrent en aversion et le réseautèrent mesquinement.
Son ouvrage, « le hasard ne se hasarde pas », n’a jamais trouvé d’éditeur.
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29.10.2009
Poème 28
Il n’y eut jamais autant d’alizés que ce jour-là dans tes cheveux. La jetée ne disait pourtant rien qui vaille, une fois de plus la roche s’était fait surprendre sous la brume. La mouette cherchait l’équilibre pour piquer au bon moment et a de suite capté mon attention.
Avec les années, je garde un souvenir plaisant de ce mélange de toi sur fond de pluie fine, de cette manière à toi de vérifier mon regard posé sur ton silence. De ce foulard s’effilochant et du sable emporté dans nos souliers.
En demandant la houle comme témoin, j’oubliai que son combat pour nous ne s’arrêterait jamais et que les bois morts qu’elle nous dépose encore à chaque marée haute s’apprécient en explicites preuves d’une recherche sans nom.
Je fumai une cigarette dont je gardai l’allumette me persuadant d’un usage certain dans les heures qui devaient suivre.
Elle allait probablement me servir un jour.
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